Une crise que nous ne pouvons plus ignorer
La crise mondiale de l’eau ne peut plus être ignorée. Ses effets néfastes se font sentir partout où les êtres humains vivent, travaillent et se retrouvent. À l’échelle mondiale, les ressources en eau sont soumises à des pressions de toutes parts : changement climatique, demande croissante, pollution toxique, et des décennies de mauvaise gestion et de défaillances de gouvernance. Ces facteurs compromettent les avancées dans plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’égalité des genres, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que la protection de nos océans et de nos écosystèmes aquatiques.
L’eau relie tout, de sa source jusqu’aux mers. Lorsque ces systèmes naturels sont dégradés, les conséquences vont bien au-delà des effets immédiats, affectant la santé publique, la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la résilience face aux changements climatiques.
Les femmes et les filles portent le plus lourd fardeau
Les femmes et les filles supportent une part disproportionnée de ces fardeaux, tant sur le plan physique que culturel et économique. En 2023, environ 380 millions de femmes vivaient sous un stress hydrique sévère, et ce chiffre devrait augmenter considérablement dans les prochaines décennies. Un accès insuffisant à une eau douce et saine accroît les risques de maladies, limite l’accès à l’éducation et à la participation économique, alourdit le travail de soin non rémunéré et accentue la vulnérabilité face aux chocs climatiques. Parallèlement, la dégradation des océans et des zones côtières menace les foyers, la santé et les sources de revenus des femmes.
Les femmes sont également à l'avant-garde de ce changement
Pourtant, les femmes et les filles ne sont pas de simples victimes passives de cette crise aux multiples dimensions. Partout dans le monde, elles protègent les ressources en eau, préservent les savoirs locaux, développent des approches innovantes et mènent des combats pour la justice environnementale et climatique. Soroptimist International d’Europe contribue à l’accès à l’eau potable à travers les projets suivants, portés par ses membres :
- Solvatten, par SI Suède
- « Clean wells », par SI Chernihiv (Ukraine), encollaboration avec les clubs SIE danois suivants : Aarhus, Ringkobing, Silkeborg, Skanderborg, Grenaa, Brande, Ikast, Skjern-Tarm, Herning and Odder.
C'est maintenant qu'il faut agir
La place des femmes dans les instances de décision est indispensable, mais trop souvent absente des espaces où se définissent les politiques et les investissements liés à l’eau. C’est pourquoi il est impératif de renforcer notre action de lobbying dès maintenant. En cette année internationale de l’eau et de l’égalité des genres proclamée par les Nations Unies, et à l’approche de la Conférence des Nations Unies sur l’eau en 2026, nous disposons d’une occasion décisive de transformer la gouvernance de l’eau et de faire entendre les voix qui en sont trop souvent absentes.
Nous devons toutes et tous mobiliser les responsables politiques, les leaders d’opinion et les membres de nos communautés pour qu’ils prennent conscience du lien étroit entre égalité des genres, justice hydrique et responsabilité environnementale. Cette crise ne pourra être résolue ni au seul niveau politique, ni au seul niveau communautaire. L’eau insalubre et polluée n’est pas principalement le fait d’individus : elle résulte de pollutions industrielles, de pratiques extractives, d’un contrôle insuffisant des lois et de systèmes qui tolèrent les atteintes à l’environnement sans en demander de comptes.
Réglementation, responsabilité et droits
Notre engagement en faveur du lobbying ne se limite pas à la sensibilisation. Il concerne aussi la réglementation, les responsabilités et les droits. Des solutions véritables exigent une action mondiale : des cadres juridiques renforcés, la responsabilisation des entreprises, une gouvernance de l’eau intégrant la dimension de genre, et la participation pleine et effective des femmes et des filles à tous les niveaux de la prise de décision.
La justice hydrique est une question d’équité et de dignité. Les femmes et les filles doivent être reconnues non seulement comme parties prenantes affectées, mais comme actrices et leaders qui tracent la voie vers un avenir plus juste.
Par Pascale Muylaert, Représentante du SI à l’ONU Genève
Janet Schempf, Soroptimist International des Amériques
Hala Ghoson, chercheuse en pharmacie, Université du Texas Medical Branch

