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Rencontrez Rita Chiappa, membre de la Commission des Bourses, du Mentorat et de l’Académie du Leadership du SIE

Rencontrez Rita Chiappa, membre de la Commission des Bourses, du Mentorat et de l’Académie du Leadership du SIE

« Révéler son potentiel. Lever les barrières. La laisser ouvrir la voie. »

Quelle est votre motivation personnelle pour siéger au Bureau du SIE pour l’année 2026/27 ?

Ma décision de rejoindre la Commission des Bourses, du Mentorat et de l’Académie du Leadership est née de mon expérience en tant que Présidente de club et Directrice de Programme du SI Italie. Après plusieurs années d’engagement aux niveaux local et national, j’ai ressenti le besoin d’élargir ma perspective car pour faire véritablement évoluer la situation des femmes, l’engagement local ne suffit pas : il faut aussi une solidarité européenne.

Les relations internationales et la passion pour les autres cultures ont toujours fait partie de ma vie. Je suis diplômée en langues modernes et, tout au long de ma carrière d’enseignante, j’ai constamment encouragé mes élèves à participer à des projets et à des échanges européens. Tout cela m’a donné, je crois, une ouverture naturelle à la collaboration transfrontalière et la conviction profonde que les changements les plus significatifs se construisent ensemble, au-delà des frontières.

La gestion du programme de bourses correspond tout particulièrement à ce que je suis. Soutenir de jeunes femmes talentueuses à un moment décisif de leur vie, en levant l’obstacle financier qui se dresse entre leur ambition et les possibilités qui s’offrent à elles, constitue l’une des expressions les plus directes de la mission du Soroptimist.

C’est pourquoi je suis ici : parce que l’excellence, lorsqu’elle se multiplie au-delà des frontières, devient une force de transformation.

Quelle est votre vision pour un monde meilleur ?

Pour moi, un monde meilleur est un monde dans lequel chaque femme bénéficie d’un accès égal à l’éducation, aux opportunités économiques et à la sécurité et où le potentiel d’une femme n’est jamais limité par le simple fait d’être une femme.

Ce qui m’a convaincue qu’un tel monde est possible, c’est ce que j’ai pu constater directement en examinant les dossiers de candidature aux bourses. Les femmes dont j’ai étudié les dossiers ne manquaient ni de talent, ni d’ambition, ni de détermination. Elles étaient exceptionnelles, dans leur domaine, dans leur engagement et dans leur vision de l’avenir. Ce dont elles avaient besoin, c’était simplement des moyens financiers leur permettant d’aller plus loin. Et une fois cet obstacle levé, elles ne se sont pas contentées de progresser professionnellement : elles sont devenues à leur tour une ressource pour d’autres femmes, multipliant ainsi plusieurs fois l’impact d’un investissement initial.

C’est ce que le Soroptimist accomplit lorsqu’il donne le meilleur de lui-même : il ne vient pas au secours des femmes. Il lève l’obstacle qui se dresse entre une femme exceptionnelle et l’avenir qu’elle a déjà mérité.

Pour ce biennium, mes objectifs sont concrets : renforcer le processus d’attribution des bourses afin qu’il permette d’atteindre les candidates les plus méritantes dans toute l’Europe ; créer un parcours qui se poursuive par le mentorat et le leadership ; et rendre notre impact mesurable et visible.

Un monde meilleur commence lorsque chaque femme dispose non seulement du droit de diriger, mais aussi des conditions réelles pour pouvoir le faire. Mais il commence également avec chacune d’entre nous. Aucun changement véritable ne peut avoir lieu sans responsabilité collective et c’est là, au sens le plus profond, ce que signifie être Soroptimist : reconnaître que le monde que nous souhaitons pour les autres est un monde que nous devons nous-mêmes contribuer activement à construire, ensemble.

Que faites vous pour rester motivée dans votre travail ?

Paradoxalement, c’est souvent la difficulté elle-même qui me motive le plus. Lorsque je rencontre un obstacle, quelque chose en moi refuse de l’accepter, je me surprends à redoubler d’efforts et à chercher comment le surmonter plutôt que le contourner.

Mais au-delà de mon propre tempérament, il existe une raison plus profonde qui me pousse à continuer. Lorsque je pense aux millions de femmes pour lesquelles les inégalités de genre sont encore une réalité quotidienne, je pense à ma petite-fille de trois ans. Je ne veux pas qu’une fois adulte, elle ait à affronter les mêmes obstacles auxquels les femmes sont confrontées aujourd’hui. Cette pensée me motive davantage que n’importe quel objectif professionnel.

Lorsque des difficultés surviennent, ma démarche est réfléchie : je m’arrête, j’examine ce que j’ai fait, je demande à mes coéquipières un retour sincère et, si nécessaire, je change de cap.

J’ai également eu beaucoup de chance. Tout au long de mon parcours au sein du Soroptimist, j’ai toujours été entourée de collègues qui m’ont soutenue et encouragée et je m’efforce d’apporter ce même soutien aux personnes avec lesquelles je travaille.

Bureau du SI Italie - 2024-2025
Dans le cadre des 16 jours d'activisme contre la violence de genre, en partenariat avec « Donne e Riso » - novembre 2025

Que fait votre pays pour soutenir et autonomiser les femmes ?

L’Italie s’est dotée d’un cadre législatif substantiel en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, un cadre qui aborde la santé, la sécurité et la participation économique à travers des mesures concrètes et juridiquement contraignantes.

Dans le domaine de la médecine de genre, l’Italie a été le premier pays au monde à inscrire une approche spécifique au genre dans son système national de santé. La loi 3/2018 impose la prise en compte du sexe et du genre dans l’ensemble de la pratique Clinique, de la prévention au diagnostic et au traitement, tandis que le Centre national de référence pour la médecine de genre de l’ISS coordonne sa mise en œuvre à l’échelle nationale.

En matière de violences faites aux femmes, le Codice Rosso — loi 69/2019 a instauré une réponse judiciaire accélérée aux violences fondées sur le genre, en imposant aux procureurs d’entendre les victimes dans les trois jours suivant le dépôt d’une plainte. En décembre 2025, la loi 181/2025 est allée plus loin encore, en faisant du féminicide une infraction pénale autonome passible automatiquement de la réclusion à perpétuité. L’Italie a également créé une Commission parlementaire permanente d’enquête sur le féminicide (Commissione Parlamentare di Inchiesta sul Femminicidio), chargée de suivre la mise en œuvre des lois contre les violences et de présenter régulièrement des rapports au Parlement, l’un des rares organes de contrôle spécifiquement consacrés à cette question en Europe.

En matière d’égalité professionnelle, la loi 162/2021 a introduit la Certification de l’égalité de genre pour les entreprises de plus de cinquante salariés, assortie d’incitations fiscales concrètes, tandis que les quotas de genre dans les entreprises garantissent une représentation minimale des femmes au sein des conseils d’administration des sociétés cotées ainsi que dans l’administration publique.

La législation n’est toutefois qu’un point de départ. Des organisations comme le Soroptimist ont la responsabilité indispensable de veiller à ce que les principes inscrits dans la loi se traduisent concrètement dans la vie quotidienne des femmes à travers tout le pays.

Parlez-nous de votre club Soroptimist ! De quels projets êtes-vous le plus fières ?

Le SI Club de Vercelli est au service de sa communauté depuis plus de soixante ans, conjuguant un solide ancrage local à une vision européenne plus large.

Le projet qui me tient le plus à cœur est Oasi delle Api — l’Oasis des Abeilles — que j’ai inauguré en 2021, alors que j’étais présidente du Club, à l’occasion du centenaire du Soroptimist International. Sur les terrains jouxtant l’établissement pénitentiaire de Vercelli, nous avons créé un espace dédié à l’apiculture : 650 plants de lavande, 15 arbres mellifères et une ruche confiée aux soins des personnes détenues. Biodiversité, inclusion sociale et éducation se sont ainsi réunies dans une même initiative — les personnes détenues se sont occupées de la ruche et ont produit du miel, les femmes incarcérées ont confectionné des sachets de lavande destinés à la vente, et des écoliers de la région ont réalisé des dessins et des histoires réunis dans un livre illustré. Une action concrète à visage humain.

Ce même esprit anime SI Sostiene in Carcere, un projet national actif depuis 2018, dont Vercelli est le Club moteur au sein d’un réseau de six clubs du nord-est du Piémont. Au fil des années, nous avons proposé aux femmes détenues un éventail croissant de formations professionnelles : couture de niveau débutant et avancé, culture de plantes médicinales, pâtisserie et fabrication de glaces et, plus récemment, en juin 2025, une formation professionnelle en cuisine, Libere in Cucina. Chaque programme est conçu non seulement pour transmettre une compétence, mais aussi pour offrir une véritable voie vers l’autonomie et la réinsertion sociale.

Au-delà de l’établissement pénitentiaire, le Club entretient des liens étroits avec les institutions locales. Chaque année, dans le cadre de la campagne « Oranger le Monde », nos membres s’associent aux agricultrices de Confagricoltura Donna pour vendre des clémentines au public, les recettes étant directement reversées au centre de lutte contre les violences faites aux femmes de Vercelli. Nous collaborons étroitement avec les établissements scolaires locaux sur des projets liés à l’éducation et à l’égalité de genre, avec l’hôpital, dont les médecins se sont associés à nous pour organiser une importante conférence sur la médecine de genre, ainsi qu’avec l’Università del Piemonte Orientale, dont nous récompensons chaque année les étudiantes les plus méritantes par l’attribution de bourses.

Ce qui rend Vercelli si particulier, c’est la conviction qu’un changement durable se construit par un engagement concret et constant, envers la communauté, envers les institutions avec lesquelles nous travaillons et envers ces femmes que d’autres oublient trop souvent.

Vercelli — l'abbaye de Sant'Andrea, monument le plus important de la ville, construite en 1226 dans le style romano-gothique.

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