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Vigilance face aux mouvements anti-droits

Vigilance face aux mouvements anti-droits

Enseignements du webinaire de la SIE avec Neil Datta (4 mai 2026)
« Qu'est-ce que le mouvement anti-droits en Europe et comment fonctionne-t-il ? »

Le 4 mai 2026, le Soroptimist International d’Europe (SIE) a organisé un webinaire avec, comme intervenant, Neil Datta, directeur du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs. M. Datta est considéré comme l’un des plus grands experts européens des mouvements anti-genre et anti-droits. Le webinaire a été ouvert et animé par la présidente du SIE, Sabine Reimann. La modération a été assurée par Agnes Verhulst, coordinatrice Lobbying de l’Union du Royaume des Pays-Bas et Suriname, qui a guidé les échanges et facilité les questions des participants de toute l’Europe.

Neil Datta, Directeur du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs

Le contexte : la CSW70 à New York

L’organisation de ce webinaire trouve l’un de ses déclencheurs dans l’expérience vécue par la délégation du SIE lors de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), en mars 2026 à New York. Au cours de plusieurs événements parallèles, des membres de la délégation ont été confrontés à la visibilité et à l’influence croissantes d’organisations qui s’attaquent aux démocraties européennes en s’opposant à l’égalité des genres, aux droits sexuels et reproductifs, aux droits des femmes et, plus largement, aux droits humains. Ces constats ont soulevé des questions sur les origines, le financement et les méthodes de telles organisations. Soucieuse d’approfondir sa compréhension du phénomène et de partager ces connaissances avec les Soroptimist de toute l’Europe, le SIE a invité Neil Datta à animer un webinaire approfondi.

Comment ces mouvements fonctionnent

Dans sa présentation, M. Datta a dressé un tableau alarmant d’un réseau international d’organisations actives des deux côtés de l’Atlantique. Selon lui, nombre de ces organisations antidémocratiques se présentent avant tout comme des organisations anti-avortement ou opposées aux DSSR (droits et santé sexuels et reproductifs), ces questions faisant l’objet de débats publics et politiques depuis des décennies et offrant ainsi un terrain de mobilisation efficace.

Derrière cet agenda visible se cache toutefois, selon M. Datta, un objectif idéologique plus large. Bon nombre de ces réseaux visent à démanteler l’État de droit démocratique ainsi que l’Union européenne. Ils n’agissent pas uniquement par l’intermédiaire d’organisations anti-avortement : des organisations opposées à l’égalité des genres, aux droits des femmes ou encore aux droits des personnes LGBTQ+ sont également mobilisées pour faire avancer un programme antidémocratique.

M. Datta a montré combien ces mouvements se sont professionnalisés. Alors que l’attention se portait autrefois principalement sur les campagnes publiques, l’accent est aujourd’hui mis de plus en plus sur l’influence exercée sur l’élaboration des politiques, les procédures judiciaires, les organisations internationales et les institutions démocratiques. Cela passe par de vastes réseaux internationaux, une communication stratégique et des ressources financières considérables. Pour la seule Europe, les financements se sont élevés à environ 1,18 milliard de dollars US sur la période 2019-2023.

Que sont les ChONGOs ?

Parmi les notions expliquées par M. Datta figure celle des « ChONGOs » (Christian Organized Non-Governmental Organizations, soit organisations non gouvernementales d’obédience chrétienne). Il s’agit d’organisations qui se présentent comme des ONG indépendantes tout en entretenant des liens étroits avec des réseaux et des intérêts chrétiens conservateurs. Selon M. Datta, elles jouent un rôle important au sein des réseaux internationaux anti-droits.

En participant à des conférences internationales, à des consultations et à des réunions des Nations unies, elles donnent l’impression de représenter un large soutien populaire, alors qu’elles s’inscrivent en réalité souvent dans des structures antidémocratiques plus vastes, financées à l’échelle internationale. Elles peuvent ainsi exercer une influence considérable sur l’élaboration des politiques et sur l’opinion publique.

Pourquoi cela concerne les Soroptimist

Le message central du webinaire était que l’opposition aux droits des femmes et à l’égalité des genres ne se limite pas à des initiatives nationales isolées. Selon M. Datta, il s’agit d’un mouvement transfrontalier bien organisé, au sein duquel organisations, groupes de réflexion, acteurs politiques et groupes de pression collaborent pour influencer la législation et les politiques publiques.

Pour les Soroptimist, ce constat revêt une grande importance. Les objectifs de notre organisation, faire progresser les droits des femmes et améliorer la condition des femmes et des filles, sont directement liés aux enjeux abordés dans la présentation. Comprendre les stratégies et les méthodes des mouvements anti-droits nous aide à mieux cerner les défis qui pèsent sur les droits des femmes et des filles, et souligne l’importance d’un engagement citoyen continu.

Les cinq D : comment résister

En conclusion du webinaire, M. Datta a présenté une stratégie de résistance aux réseaux anti-droits et antidémocratiques : les « cinq D ».

La première étape, « Découvrir et démasquer », consiste à enquêter sur ces organisations : qui elles sont, comment elles opèrent, et quels intérêts et réseaux se trouvent derrière elles. Selon M. Datta, un ChONGO a même obtenu l’accès à une commission importante du Conseil de l’Europe.

La deuxième étape, « Désarmer », vise à contrer la désinformation, les récits manipulateurs et les stratégies d’influence indues par les faits et la transparence.

La troisième étape, « Disloquer », consiste à rompre les liens entre les organisations, les bailleurs de fonds et les acteurs politiques qui soutiennent ces mouvements.

La quatrième étape, « Démonétiser », vise à mettre au jour les flux de financement et, dans la mesure du possible, à restreindre l’accès aux ressources qui alimentent les activités antidémocratiques. Comme l’a montré M. Datta, une partie de ces financements provient d’institutions publiques européennes.

Enfin, « Défendre » signifie protéger activement les droits humains, les institutions démocratiques, l’État de droit et les droits déjà acquis pour les femmes et les filles. Selon M. Datta, cela exige non seulement de la vigilance, mais aussi une coopération entre les organisations de la société civile, les décideurs politiques et les citoyennes et citoyens attachés aux valeurs démocratiques.

Des droits durement acquis ne vont jamais de soi

Le webinaire l’a clairement montré : les droits durement acquis ne doivent jamais être considérés comme définitivement garantis. Les progrès en matière d’égalité des genres exigent une attention constante, une coopération soutenue et une voix forte de la société civile. C’est précisément là que les Soroptimist ont un rôle essentiel à jouer : continuer, aux niveaux local, national et international, à défendre un monde où les femmes et les filles bénéficient de chances égales et où leurs droits sont respectés.

Avec ce webinaire, le SIE a une fois de plus apporté une contribution précieuse à la sensibilisation aux évolutions actuelles qui affectent la condition des femmes en Europe. Il a offert aux participants non seulement un éclairage sur les défis d’aujourd’hui, mais aussi des outils concrets pour continuer à défendre activement les valeurs démocratiques, les droits humains et l’égalité des genres.

On ne saurait trop insister sur l’importance de ne pas céder.

Par Linda Brouwers, Coordinatrice de la Convention d’Istanbul , membre de la délégation du SIE à la CSW70, membre de SI Gooische Meeren (Pays-Bas)

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